Santé mentale et vie de couple

La maladie psychiatrique ne touche jamais une personne seule, elle touche le couple. Dépression, trouble bipolaire, troubles anxieux sévères, burn-out, trouble de la personnalité : ces pathologies modifient profondément la dynamique relationnelle, mettent le couple à l'épreuve, et peuvent, si elles ne sont pas accompagnées, conduire à une rupture. Cette page est là pour les deux membres du couple, celui qui souffre et celui qui accompagne, pour comprendre ce qui se joue et disposer de repères concrets.

Difficultés de couple ordinaires ou impact de la maladie psychiatrique : ne pas confondre

Depuis l'épisode dépressif de sa femme, Jérôme s'occupe de tout : les enfants, les repas, les factures, les rendez-vous médicaux. Il n'est pas malheureux. Mais il se souvient qu'il y a deux ans, ils riaient encore ensemble. Il ne sait pas si c'est une pensée normale ou quelque chose dont il devrait parler.

Cette vignette est fictive et illustrative.

Tout couple traverse des périodes difficiles. Mais lorsqu'un trouble psychiatrique entre dans la relation, les difficultés prennent une dimension particulière — elles s'installent dans la durée et touchent à des domaines que le couple ne sait pas toujours comment aborder.

La maladie psychiatrique dans le couple pose une question fondamentale : comment maintenir une relation d'égaux lorsque l'un des partenaires est en souffrance et que l'autre devient progressivement aidant ? Ce glissement est l'un des principaux dangers pour la vie du couple.

Comment la maladie psychiatrique affecte le couple

Du côté de la personne qui souffre

  • Retrait émotionnel et affectif : la dépression réduit la capacité à exprimer de l'amour
  • Irritabilité, accès de colère : fréquents dans la dépression, le burn-out, le trouble bipolaire, le trouble borderline
  • Baisse du désir sexuel : quasi systématique dans la dépression, souvent aggravée par les médicaments
  • Sentiment de ne pas mériter l'amour de l'autre, culpabilité d'être un fardeau

Du côté du partenaire

  • Incompréhension : "pourquoi tu ne fais pas d'effort ?", "pourquoi tu ne vas pas mieux ?"
  • Sentiment de rejet lié au retrait affectif et sexuel
  • Glissement vers le rôle d'aidant et perte du rôle de partenaire amoureux
  • Sentiment de solitude dans la relation : être "seul(e) à deux"

Le piège de la relation aidant-aidé

Lorsque ce déséquilibre s'installe dans la durée, il détruit la dynamique amoureuse et génère de l'amertume des deux côtés. Maintenir une certaine réciprocité dans la relation — même modeste, même imparfaite — est essentiel pour préserver le lien amoureux.

La sexualité : le grand tabou

La baisse ou la disparition du désir sexuel est l'un des symptômes les plus fréquents et les moins abordés des troubles psychiatriques. Notre article sur la sexualité et santé mentale développe les liens entre troubles psychiatriques, traitements et vie intime. Ne pas aborder ce sujet en consultation est une erreur fréquente — les répercussions sexuelles des troubles et des traitements sont souvent gérables si on en parle.

Quelques questions pour faire le point en couple

  • Communiquez-vous encore sur ce que vous ressentez l'un envers l'autre ?
  • Le partenaire bien-portant a-t-il encore des espaces pour lui-même, en dehors de la relation ?
  • La personne qui souffre se sent-elle encore un partenaire à part entière ?
  • Avez-vous envisagé une thérapie de couple pour travailler ces questions dans un cadre sécurisé ?

Les traitements disponibles

La thérapie de couple est souvent très utile lorsqu'une maladie psychiatrique affecte la relation. Elle permet de travailler sur la communication, de rééquilibrer les rôles, de traverser ensemble les questions difficiles. La psychoéducation — apprendre ensemble comment fonctionne le trouble — est également précieuse.

Ce que vous pouvez faire au quotidien

  • Maintenir des rituels de couple : même simples, même modestes. Ces rituels maintiennent le lien au-delà de la maladie
  • Communiquer sur les besoins : la personne qui souffre exprime ce dont elle a besoin ; le partenaire exprime ce qu'il ressent, sans accusation
  • Préserver des espaces individuels : chacun a besoin d'exister en dehors du couple et de la maladie
  • Parler de la sexualité au médecin : les répercussions sexuelles des troubles et des traitements peuvent souvent être atténuées
  • Chercher un soutien extérieur : groupe de parole pour proches, thérapie individuelle pour le partenaire aidant

Mon approche

Dans le suivi psychiatrique, j'aborde les répercussions de la maladie sur la vie de couple parce qu'elles font partie intégrante de la qualité de vie et de la récupération. Je peux orienter vers une thérapie de couple lorsque cela est pertinent, et recevoir le partenaire lors d'une consultation, avec l'accord du patient.

La première consultation n'engage à rien, elle permet d'évaluer ensemble votre situation et de construire un chemin qui vous ressemble.

Pour aller plus loin

  • Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) — Marshall B. Rosenberg — Pour retrouver une communication qui relie plutôt qu'elle n'isole, particulièrement précieux dans les couples traversant une crise liée à la maladie.

Retrouvez l'ensemble des ouvrages recommandés dans la bibliothèque du cabinet.

Ressources

Ce contenu est un outil d'information et de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation médicale. Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire, n'hésitez pas à prendre rendez-vous sans jugement, à votre rythme.

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