Sexualité et santé mentale
La sexualité est l'une des dimensions les moins abordées en consultation psychiatrique, par les patients, qui n'osent pas en parler, et parfois par les médecins, qui n'osent pas demander. Et pourtant, les troubles psychiatriques affectent profondément la vie sexuelle, et certains traitements médicamenteux ont des effets secondaires sexuels importants qui, non discutés, conduisent à l'arrêt du traitement. Cette page aborde ce sujet sans détour, parce qu'une sexualité épanouie fait partie de la qualité de vie, et que la qualité de vie fait partie du soin.
Vie sexuelle ordinaire ou impact psychiatrique : comprendre les liens
Depuis qu'il a commencé son antidépresseur, Simon n'a plus de désir. Ça fait trois mois. Il n'en a pas parlé à son psychiatre parce qu'il pense que "c'est personnel" et que "ça n'a rien à voir avec les médicaments". Les deux sont faux. Et il n'est pas le seul à ne pas en parler.
Cette vignette est fictive et illustrative.
La sexualité est influencée par l'état psychologique, l'humeur, l'estime de soi, la relation à l'autre et au corps. Elle est donc l'une des premières dimensions à être affectée par un trouble psychiatrique et l'une des dernières à se rétablir. Les difficultés sexuelles non abordées entretiennent la souffrance, fragilisent les relations, et conduisent souvent à éviter le sujet avec le médecin au moment où il serait utile d'en parler.
Comment les troubles psychiatriques affectent la sexualité
La dépression
La dépression est la cause la plus fréquente de baisse du désir sexuel. Elle réduit la libido, l'énergie, la capacité à ressentir du plaisir (anhédonie), et l'investissement dans la relation. La baisse du désir dans la dépression n'est pas un manque d'amour pour le partenaire, c'est un symptôme de la maladie.
Les troubles anxieux
L'anxiété peut se manifester dans la sphère sexuelle par une hypervigilance aux sensations corporelles, une anticipation de l'échec, une difficulté à être présent(e) pendant l'intimité. Le trouble panique peut rendre difficile tout état d'activation physiologique car les sensations corporelles sont interprétées comme dangereuses.
Le trouble bipolaire
Les phases dépressives réduisent le désir. Les phases maniaques ou hypomaniaques peuvent à l'inverse générer une hypersexualité — augmentation du désir, désinhibition, comportements sexuels à risque. Cette hypersexualité est un symptôme de la phase maniaque, pas une caractéristique de la personne. Notre article sur le trouble bipolaire développe ce contexte.
Le trouble borderline
La sexualité dans le trouble borderline est souvent marquée par l'instabilité, alternance d'hypersexualité et d'évitement, difficulté à dissocier intimité émotionnelle et intimité physique. Ces dynamiques méritent un espace thérapeutique spécifique.
Le SSPT
Les traumatismes, notamment sexuels, ont des répercussions directes sur la vie intime : évitement de l'intimité physique, dissociation pendant les rapports, réactivation de souvenirs traumatiques. La prise en charge du SSPT (EMDR, thérapie centrée sur le trauma) améliore souvent significativement la vie sexuelle.
Les troubles alimentaires
Les TCA sont souvent associés à une relation difficile au corps (honte, dégoût, sentiment d'indignité) qui rend l'intimité physique douloureuse ou impossible.
Les effets secondaires sexuels des médicaments psychiatriques
C'est le sujet le plus fréquemment tu en consultation, et l'une des principales causes d'arrêt non concerté des traitements. Les effets sexuels des psychotropes sont réels, fréquents, et souvent réversibles avec un ajustement du traitement.
Les antidépresseurs ISRS et IRSN
Les antidépresseurs les plus prescrits ont des effets secondaires sexuels fréquents : baisse de la libido, retard ou impossibilité d'orgasme, trouble de l'érection ou de la lubrification. Ces effets touchent 30 à 40 % des patients à des degrés divers. Des alternatives existent : certains antidépresseurs (bupropion, mirtazapine, agomélatine) ont un profil d'effets sexuels plus favorable. Ne jamais arrêter un antidépresseur pour cette raison sans en parler à son médecin.
Un phénomène rare mais documenté mérite d'être mentionné : le syndrome post-ISRS (PSSD), dans lequel les dysfonctions sexuelles persistent après l'arrêt du traitement. Sa fréquence réelle est encore débattue, mais son existence est reconnue.
Les antipsychotiques
Certains antipsychotiques augmentent la prolactine (halopéridol, rispéridone…), ce qui peut entraîner une baisse de la libido, des troubles de l'érection, une aménorrhée. D'autres ont moins cet effet (aripiprazole, quétiapine, clozapine). Un dosage du bilan hormonal peut être utile si des symptômes apparaissent.
Les thymorégulateurs
Le lithium et certains antiépileptiques peuvent avoir des effets modérés sur la libido et la fonction érectile, généralement moins marqués que ceux des antidépresseurs ISRS.
En parler en consultation
Si des difficultés sexuelles sont apparues ou se sont aggravées depuis le début de votre traitement, dites-le à votre psychiatre. Vous pouvez utiliser des formulations directes : « Depuis que j'ai commencé ce médicament, j'ai des difficultés à avoir des orgasmes » ou « Mon désir a complètement disparu depuis que je suis déprimé(e) ». Il existe souvent des solutions.
Ce que vous pouvez faire
- Ne pas minimiser les effets sexuels d'un traitement : ils peuvent être signalés à votre médecin sans craindre de jugement
- Ne pas arrêter seul(e) un traitement parce qu'il affecte votre vie sexuelle : il existe souvent des alternatives
- Maintenir la communication dans le couple : nommer les difficultés, expliquer l'origine médicale, maintenir une intimité non nécessairement sexuelle pendant les phases difficiles. Notre article sur la santé mentale et vie de couple développe ce contexte.
- Envisager une thérapie de couple si les difficultés sexuelles ont fragilisé la relation
- Consulter un sexologue si les difficultés persistent malgré la stabilisation psychiatrique
Le rôle de l'entourage
Si votre partenaire traverse des difficultés sexuelles liées à sa santé mentale ou à son traitement, comprendre l'origine médicale de ces difficultés est essentiel pour ne pas les interpréter comme un rejet. Maintenir un lien affectif et physique non sexuel (tendresse, présence, contact) préserve l'intimité du couple pendant les phases difficiles.
Mon approche
J'aborde la vie sexuelle dans le bilan psychiatrique et lors du suivi parce qu'elle fait partie de la qualité de vie et parce que les effets secondaires sexuels des traitements sont une réalité clinique qui mérite d'être discutée. Si ce sujet vous semble difficile à aborder, vous pouvez le signaler en début de consultation — je m'adapterai.
La première consultation n'engage à rien, elle permet d'évaluer ensemble votre situation et de construire un chemin qui vous ressemble.
Pour aller plus loin
Aucun ouvrage de la bibliothèque du cabinet ne porte directement sur ce sujet. Retrouvez l'ensemble des ouvrages recommandés dans la bibliothèque du cabinet.
Ressources
- 3114 — Numéro national de prévention du suicide (24h/24, 7j/7, gratuit)
- SAMU : 15 | Pompiers : 18
- Société Française de Sexologie Clinique — sfsc.fr
- Psycom — psycom.org
- Télécharger le guide — Sexualité et santé mentale (PDF)
Ce contenu est un outil d'information et de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation médicale. Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire, n'hésitez pas à prendre rendez-vous, sans jugement, à votre rythme.