Droits et aides pour les proches aidants
Accompagner au quotidien une personne vivant avec un trouble psychiatrique sévère est une réalité exigeante, souvent invisible et rarement reconnue. Les proches aidants (conjoints, parents, enfants, fratrie) consacrent un temps et une énergie considérables sans pour autant bénéficier des dispositifs auxquels ils ont droit. Cette page présente les aides concrètes disponibles pour les aidants.
Nathalie, 52 ans, employée dans la grande distribution. Depuis que sa fille de 26 ans a été diagnostiquée avec un trouble schizophrénique, elle a réduit ses horaires à mi-temps, organisé sa vie autour des rendez-vous médicaux et des hospitalisations, et géré seule les dossiers MDPH. Elle ne s'est pas reconnue dans le terme "aidant" pendant longtemps : elle pensait juste faire ce qu'une mère fait. Mais ce soir-là, épuisée, incapable de dormir, elle a cherché sur internet si quelque chose existait pour les gens comme elle.
Cette vignette est fictive et illustrative.
Qui est reconnu "proche aidant" ?
Est considéré comme proche aidant toute personne qui vient en aide, de manière régulière et fréquente, à un proche en situation de handicap ou de perte d'autonomie. Il n'y a pas de condition de lien familial strict, un ami proche ou un voisin peut être reconnu aidant. La personne aidée doit présenter un taux d'incapacité d'au moins 80 %, ou une perte d'autonomie évaluée comme sévère. Pour mieux comprendre ce que vivent les aidants au quotidien, la page l'impact sur les proches eux-mêmes aborde cette réalité sans la minimiser.
1. Le congé de proche aidant
Ce que c'est
Le congé de proche aidant permet à un salarié ou agent de la fonction publique de cesser temporairement son activité professionnelle pour accompagner un proche en situation de handicap ou de perte d'autonomie. Il peut être pris de façon continue ou fractionnée, ou sous forme de temps partiel.
Conditions
- Avoir au moins 1 an d'ancienneté dans l'entreprise
- Le proche aidé doit avoir un taux d'incapacité d'au moins 80 % ou une perte d'autonomie classée GIR 1 à 3
- Délai de prévenance à respecter envers l'employeur (1 mois en règle générale)
Durée
La durée maximale est de 3 mois, renouvelables dans la limite d'1 an sur toute la carrière. Le congé peut être fractionné en demi-journées. À l'issue du congé, le salarié retrouve son poste ou un poste équivalent.
Dans la fonction publique
Le congé de proche aidant existe également pour les fonctionnaires titulaires depuis 2020, avec des modalités similaires. Il est non rémunéré mais peut être indemnisé via l'AJPA (voir ci-dessous).
2. L'AJPA : Allocation Journalière du Proche Aidant
Ce que c'est
L'AJPA est une allocation versée par la CAF (ou la MSA pour les agriculteurs) pendant les périodes de congé de proche aidant. Elle compense partiellement la perte de revenus liée à l'arrêt ou à la réduction d'activité.
Montant 2026
Le montant de l'AJPA est de 66,64 €/jour pour une personne en couple et 79,97 €/jour pour une personne seule. L'AJPA est versée dans la limite de 22 jours par mois et de 66 jours sur toute la vie.
Comment la demander
La demande se fait auprès de la CAF ou de la MSA, en joignant une attestation de l'employeur confirmant le congé de proche aidant et les justificatifs du handicap ou de la perte d'autonomie du proche.
Cumul et fiscalité
L'AJPA est cumulable avec d'autres aides. Elle est soumise à l'impôt sur le revenu — elle doit être déclarée comme revenu de remplacement.
3. Le droit au répit
Ce que c'est
Le droit au répit désigne l'ensemble des solutions permettant à un aidant de souffler temporairement en confiant la prise en charge de son proche à un tiers. Dans le champ psychiatrique, ces solutions sont moins développées que pour le handicap physique ou le grand âge, mais elles existent.
Les solutions disponibles
- Accueil de jour : structures médico-sociales qui accueillent la personne en journée quelques jours par semaine, libérant l'aidant
- Accueil temporaire : hébergement de courte durée (quelques jours à quelques semaines) dans un établissement adapté, pendant les vacances ou les périodes d'épuisement de l'aidant
- Relayage à domicile : intervention d'un professionnel à domicile pour remplacer l'aidant pendant une période continue, y compris la nuit
- Séjours de rupture : accompagnement de la personne aidée lors d'un séjour adapté, permettant à l'aidant de prendre des vacances
Le financement du répit via la PCH
La PCH prévoit un volet "répit aidant" permettant de financer des solutions de remplacement de l'aidant jusqu'à 582 €/an. Ce montant peut être doublé, jusqu'à 1 164 €/an, si l'aidant est hospitalisé ou contraint de cesser son activité d'aidant pour raisons de santé. Pour en savoir plus sur la PCH et ses modalités d'accès, consultez la page la prestation de compensation du handicap.
4. Les autres ressources pour les aidants
UNAFAM
L'Union Nationale des Amis et Familles de Malades psychiques est la référence en France pour les familles de personnes vivant avec des troubles psychiatriques sévères. Elle propose des groupes de parole, des formations à destination des familles, un accompagnement individuel et une ligne d'écoute nationale. L'adhésion est volontaire et les groupes de parole sont gratuits.
Les aidants familiaux et la retraite
Les périodes durant lesquelles un aidant a réduit ou arrêté son activité professionnelle pour s'occuper d'un proche peuvent être valorisées pour la retraite dans certaines conditions, notamment via l'assurance vieillesse des aidants (AVA), attribuée sous conditions de ressources. Ce point mérite d'être vérifié auprès de la CARSAT.
La reconnaissance comme aidant salarié
Depuis 2020, un proche aidant peut être rémunéré pour accompagner son proche dans le cadre de la PCH aide humaine y compris le conjoint, sous certaines conditions. Le montant est limité et l'éligibilité encadrée, mais cette possibilité existe et est méconnue.
Prendre soin de soi comme aidant
L'épuisement de l'aidant est une réalité médicalement documentée. Les proches de personnes avec des troubles psychiatriques sévères présentent un risque accru de dépression, d'anxiété et de troubles somatiques liés au stress chronique. Consulter un médecin pour soi et pas seulement pour la personne aidée est une nécessité, pas un luxe. La page le burn-out professionnel décrit un épuisement qui peut ressembler à ce que vivent les aidants — et qui mérite la même attention. Si vous ressentez une culpabilité de vous occuper de vous, la page la culpabilité de l'aidant vous est directement destinée.
Mon approche
Je reçois régulièrement en consultation des proches aidants, épuisés, culpabilisés, souvent en souffrance. Cette consultation a pleinement sa place dans mon cabinet. Si vous accompagnez un proche avec un trouble psychiatrique sévère, n'attendez pas d'être vous-même en difficulté pour consulter.
La première consultation n'engage à rien — elle permet d'évaluer ensemble votre situation et de construire un chemin qui vous ressemble.
Pour aller plus loin
- Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) — Marshall B. Rosenberg — Pour les aidants qui cherchent à maintenir une communication apaisée avec leur proche malgré la fatigue et la tension.
- Cette douleur n'est pas la mienne — Mark Wolynn — Pour explorer comment la souffrance du proche peut traverser la famille et affecter chacun de ses membres.
Retrouvez l'ensemble des ouvrages recommandés dans la bibliothèque du cabinet.
Ressources
- UNAFAM — groupes de parole, formations, accompagnement — unafam.org
- CAF — demande AJPA — caf.fr
- Service-Public.fr — congé de proche aidant — service-public.fr
- Mon Parcours Handicap — monparcourshandicap.gouv.fr
- Psycom — psycom.org
- Télécharger le guide — Droits et aides (PDF)
- 3114 — Numéro national de prévention du suicide (24h/24, 7j/7, gratuit)
- SAMU : 15 | Pompiers : 18
Ce contenu est un outil d'information. Il ne remplace pas une consultation médicale.