Le harcèlement au travail

Le harcèlement au travail est l'une des causes de souffrance psychologique les plus fréquentes et les plus difficiles à nommer. Difficile parce qu'il s'installe progressivement, souvent sans acte unique clairement délimité. Difficile parce que la victime doute d'elle-même avant de douter de l'autre. Difficile enfin parce que le contexte professionnel, la dépendance économique, la peur de perdre son poste, la honte, crée des obstacles puissants à toute démarche. Cette page est là pour vous donner les repères nécessaires pour identifier ce qui se passe, évaluer ses répercussions sur votre santé, et savoir vers qui vous tourner.

Pauline, 36 ans, chargée de communication dans une agence. Pendant deux ans, son responsable a systématiquement remis en cause son travail en réunion, lui a confié des dossiers impossibles à tenir, puis l'a accusée d'être "peu fiable". Elle a d'abord pensé que c'était sa faute, qu'elle n'était pas assez bonne. Puis elle a commencé à se réveiller à 4h du matin avec des palpitations. Le dimanche soir est devenu le moment le plus difficile de la semaine. Elle a fini par en parler à son médecin en pleurant, sans vraiment savoir pourquoi elle pleurait.

Cette vignette est fictive et illustrative.

Tout manager exigeant, tout collègue difficile, tout conflit ne constitue pas un harcèlement. La loi française (article L1152-1 du Code du travail) définit le harcèlement moral comme des agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité du salarié, d'altérer sa santé physique ou mentale, ou de compromettre son avenir professionnel. Trois éléments sont donc constitutifs : la répétition, l'effet délétère sur la personne, et le lien avec les conditions de travail.

Les différentes formes

Le harcèlement moral

Il peut prendre des formes spectaculaires (humiliations publiques, cris, insultes) mais aussi des formes insidieuses, parfois plus difficiles à identifier :

  • Critiques systématiques, dévalorisations répétées du travail ou de la personne
  • Mise à l'écart progressive : exclusion des réunions, non-transmission d'informations, isolement organisé
  • Attribution de tâches dégradantes, inutiles, impossibles à réaliser ou très en dessous des compétences
  • Surveillance et contrôle excessifs, remises en question permanentes du travail fourni
  • Menaces sur l'emploi, intimidations, pression psychologique chronique
  • Gaslighting : remettre en cause la perception de la réalité de la victime, lui faire douter de sa mémoire ou de son jugement : « tu exagères », « c'est dans ta tête », « tout le monde te trouve difficile »
  • Harcèlement institutionnel : management par la peur, objectifs délibérément impossibles, culture de l'humiliation. Dans ce cas, il n'y a pas toujours un harceleur identifiable, c'est le système lui-même qui harcèle

Le harcèlement sexuel

Il comprend les propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste répétés qui portent atteinte à la dignité ou créent une situation intimidante, hostile ou offensante. Un acte unique grave peut également être constitutif de harcèlement sexuel s'il s'accompagne de pressions, menaces ou contraintes. Il peut être le fait d'un supérieur, d'un collègue ou même d'un client.

Le cyberharcèlement professionnel

Le harcèlement par mails, SMS, messageries professionnelles ou réseaux sociaux a étendu le harcèlement au-delà des murs de l'entreprise, il suit la victime chez elle, le soir, le week-end. La trace écrite peut être une preuve, mais l'absence de coupure avec le travail aggrave l'épuisement et l'anxiété.

Les mécanismes psychologiques

Le harcèlement au travail agit par un mécanisme progressif et insidieux. Dans un premier temps, la victime cherche à s'adapter, elle travaille plus, fait des efforts supplémentaires, se remet en question. Cette phase d'adaptation épuise les ressources. Progressivement, le doute s'installe « est-ce que j'exagère ? », « est-ce que je ne suis pas à la hauteur ? », « peut-être que c'est ma faute ». Ce doute est souvent entretenu délibérément par le harceleur, c'est le gaslighting. L'isolement s'accentue. Et la victime se retrouve seule, épuisée, doutant d'elle-même, dans un contexte où elle dépend économiquement de la situation qui la détruit.

Les répercussions sur la santé mentale

Le burn-out

Le harcèlement est l'une des causes les plus fréquentes de burn-out sévère. L'épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et la perte du sentiment d'efficacité personnelle s'installent progressivement sous l'effet de la pression chronique et de l'impuissance apprises. La page burn-out professionnel décrit ce tableau en détail.

La dépression

La dévalorisation répétée, la perte de sens, l'impuissance et l'isolement sont des vecteurs directs de dépression. Elle peut être profonde et résistante si la situation de harcèlement perdure.

L'anxiété et le trouble panique

L'hypervigilance permanente, anticiper la prochaine attaque, surveiller les signaux, marcher sur des œufs, génère une activation chronique du système nerveux autonome. Des crises de panique peuvent survenir, notamment avant de se rendre au travail ou lors de certaines interactions. La page trouble panique en décrit les mécanismes.

Le syndrome de stress post-traumatique

Un harcèlement prolongé peut constituer un traumatisme cumulatif avec reviviscences, cauchemars, évitement de tout ce qui rappelle le contexte professionnel, hypervigilance et réactions de sursaut. Ce TSPT d'origine professionnelle est souvent méconnu et mérite d'être traité comme tel. La page SSPT peut vous aider à identifier ces manifestations.

L'atteinte de l'estime de soi

C'est souvent la séquelle la plus durable, une image de soi professionnelle et personnelle profondément abîmée, une difficulté à faire confiance à son propre jugement, et une vulnérabilité accrue dans les postes suivants si les mécanismes ne sont pas travaillés en thérapie.

Reconnaître qu'on est harcelé(e)

  • Redoutez-vous de vous rendre au travail avec une anxiété physique (nausées, douleurs) le dimanche soir ou le matin ?
  • Avez-vous l'impression de marcher sur des œufs, de devoir surveiller chaque mot, chaque geste pour éviter une réaction imprévisible ?
  • Doutez-vous de votre compétence professionnelle alors que vous n'en doutiez pas avant ?
  • Avez-vous progressivement cessé de parler de votre travail à vos proches par honte, par épuisement, ou parce que vous ne savez plus vous-même ce qui se passe vraiment ?
  • Vos symptômes (insomnies, douleurs, troubles digestifs, pleurs) surviennent-ils principalement en lien avec le travail ?

Ce que vous pouvez faire

Documenter les faits

Tenez un journal daté des incidents : ce qui s'est passé, qui était présent, ce qui a été dit. Conservez les mails et messages. Sans documentation, toute démarche est fragilisée. Ne comptez pas sur votre mémoire seule, le stress altère la mémorisation et le harceleur peut contester les faits.

Consulter un médecin

Le médecin traitant peut constater les répercussions sur votre santé, prescrire un arrêt de travail si nécessaire, et orienter vers un psychiatre ou un psychologue. Le constat médical a également une valeur dans les procédures légales. La page arrêts de travail vous donnera des repères sur ce dispositif.

Le médecin du travail

Indépendant de l'employeur et soumis au secret médical, il peut constater, alerter, proposer des aménagements ou un reclassement. Vous pouvez le contacter directement, sans passer par votre employeur.

Les représentants du personnel et le CSE

Ils peuvent vous soutenir dans vos démarches internes et alerter l'employeur sur la situation. Choisissez des interlocuteurs en qui vous avez confiance.

L'inspection du travail

Pour les situations non résolues en interne, l'inspecteur du travail peut enquêter et mettre en demeure l'employeur. La saisine est gratuite et peut se faire de façon anonyme dans un premier temps.

Le Défenseur des Droits

En cas de discrimination associée au harcèlement, liée au genre, à l'état de santé, à l'origine, le Défenseur des Droits est un recours complémentaire.

Le dépôt de plainte

Le harcèlement moral et sexuel au travail sont des délits pénaux. Un dépôt de plainte au commissariat ou à la gendarmerie est possible. Il est conseillé de se faire accompagner par un avocat spécialisé en droit du travail.

L'arrêt de travail : un outil thérapeutique

Dans les situations de harcèlement, l'arrêt de travail n'est pas une capitulation, c'est souvent la première mesure de protection nécessaire pour permettre une stabilisation physique et psychologique. Il protège la santé, crée une distance avec la situation, et permet d'engager les démarches au soutien d'un état moins dégradé. La page arrêts de travail est disponible sur ce site.

Le rôle de l'entourage

L'entourage est souvent le premier à percevoir les changements et parfois le premier à minimiser. Croire la personne, valider sa perception, ne pas relativiser au nom des enjeux économiques (« tu ne peux pas te permettre de perdre ce travail ») c'est ce qui aide. L'encourager à consulter un médecin et à documenter les faits plutôt que d'endurer seule.

Mon approche

Je reçois des personnes victimes de harcèlement au travail pour évaluer et traiter les répercussions psychiatriques : burn-out, dépression, anxiété, TSPT. Je travaille sur les mécanismes qui ont permis au harcèlement de durer, notamment la difficulté à reconnaître et à nommer ce qui se passe, et la reconstruction de la confiance en son propre jugement. Je coordonne si nécessaire avec le médecin du travail pour la gestion de l'arrêt et du retour éventuel. La question du contexte professionnel fait partie intégrante du suivi, pas une donnée secondaire.

La première consultation n'engage à rien — elle permet d'évaluer ensemble votre situation et de construire un chemin qui vous ressemble.

Pour aller plus loin

  • Psychologie du sentiment d'injustice — Vincent Trybou — Pour comprendre comment le sentiment d'avoir été mal traité s'enracine et entretient la souffrance bien après la fin du harcèlement.
  • Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) — Marshall B. Rosenberg — Pour retrouver des repères de communication saine après un contexte professionnel toxique.

Retrouvez l'ensemble des ouvrages recommandés dans la bibliothèque du cabinet.

Ressources

Ce contenu est un outil d'information et de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation médicale. Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire, n'hésitez pas à prendre rendez-vous sans jugement, à votre rythme.

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