Autres addictions
Les addictions ne se limitent pas aux substances les plus visibles. Elles peuvent concerner des médicaments prescrits, des comportements du quotidien, des substances moins évoquées. Ce qui les unit, c'est un mécanisme commun dans le cerveau et une souffrance réelle qui mérite attention. Cette page est un espace d'information et de réflexion, sans jugement.
Opioïdes
Après son opération du genou, Serge a pris de la codéine pendant six mois. Les douleurs se sont atténuées, mais il a du mal à s'en passer. Il n'avait pas demandé ça. Personne ne lui avait dit que ça pouvait arriver.
Cette vignette est fictive et illustrative.
Les opioïdes regroupent aussi bien des médicaments antidouleur (tramadol, oxycodone, morphine, codéine) que des substances illicites comme l'héroïne. Qu'ils soient prescrits ou non, ils agissent sur les mêmes récepteurs cérébraux (mu, kappa, delta) et peuvent créer une dépendance physique intense en quelques semaines.
Le sevrage aux opioïdes est douloureux et peut être dangereux : il ne doit jamais se faire seul, sans encadrement médical. Des traitements de substitution efficaces existent (la méthadone et la buprénorphine (Subutex®, Suboxone®)) qui permettent de stabiliser et de reprendre une vie normale. La naloxone (Naloxone®) peut sauver des vies en cas de surdose.
Signes qui méritent attention
- Vous augmentez les doses pour obtenir le même effet (tolérance)
- Vous ressentez des douleurs physiques intenses à l'arrêt ou à la réduction
- Vous pensez régulièrement à la prochaine prise
- Vous prenez des opioïdes pour des raisons autres que la douleur initiale
- Vous obtenez ces médicaments par plusieurs médecins ou sources
Que votre consommation soit médicale ou non, vous méritez un accompagnement adapté et sans jugement. Les traitements de substitution sont remboursés et accessibles.
Télécharger le livret — Ma consommation d'opioïdes (PDF)
Addiction au travail
L'addiction au travail (ou workaholisme) est souvent la moins visible des addictions, parce qu'elle est socialement valorisée. Travailler beaucoup est rarement perçu comme un problème. Pourtant, quand le travail devient un moyen d'éviter ses émotions, ses proches ou sa propre vie intérieure, il peut devenir une véritable dépendance comportementale.
Elle est souvent portée par le perfectionnisme, la peur de l'échec ou un besoin de contrôle. Elle précède fréquemment un burn-out ou une rupture dans les relations proches. Il n'existe pas de médicament pour ce trouble, mais la psychothérapie (et parfois la médecine du travail) peut aider à comprendre ce qui se cache derrière et à retrouver un équilibre.
Signes qui méritent attention
- Vous avez du mal à "déconnecter", même en week-end ou en vacances
- Vous ressentez de l'anxiété ou de la culpabilité quand vous ne travaillez pas
- Le travail prend le pas sur les relations, les loisirs, le sommeil
- Vous définissez votre valeur presque uniquement par votre productivité
- Votre entourage vous dit que vous travaillez trop et cela vous agace
"Travailler beaucoup n'est pas toujours une vertu. Parfois, c'est aussi un moyen d'éviter quelque chose."
Télécharger le livret — Mon rapport au travail (PDF)
Cocaïne
La cocaïne est souvent présentée comme une substance de fête, sans conséquences durables. Elle peut pourtant s'installer rapidement et devenir très difficile à contrôler. Elle agit sur le système dopaminergique en bloquant la recapture de la dopamine, créant un cycle puissant : rush intense → crash → craving. C'est ce cycle qui rend la cocaïne l'une des substances les plus addictogènes, même si la dépendance est principalement psychologique.
Parmi les risques physiques : atteintes cardiovasculaires graves (risque d'infarctus même chez des personnes jeunes), lésions nasales en cas de sniff régulier, paranoïa, voire épisodes psychotiques. Il n'existe pas à ce jour de médicament approuvé pour l'addiction à la cocaïne : l'accompagnement psychologique (notamment les TCC) est au cœur de la prise en charge.
Signes qui méritent attention
- Vous consommez plus fréquemment ou en plus grande quantité que prévu
- Vous avez du mal à vous arrêter une fois que vous avez commencé
- La cocaïne occupe une part importante de vos pensées ou de votre énergie
- Votre consommation a eu des effets sur votre santé, vos finances ou vos relations
- Vous ressentez un fort craving dans certaines situations ou avec certaines personnes
Télécharger le livret — Ma consommation de cocaïne (PDF)
Usage problématique des écrans
Smartphones, réseaux sociaux, jeux vidéo, séries en streaming... Les écrans sont omniprésents et leur usage est souvent sain. Mais les applications numériques sont conçues pour capter et retenir l'attention : chaque notification, chaque "like", chaque gain libère de la dopamine. Pour certaines personnes, cela évolue vers un usage excessif qui empiète sur le sommeil, les relations, le travail ou la concentration.
L'objectif n'est pas de supprimer les écrans, mais de reprendre le contrôle sur leur usage. Des stratégies simples (créneaux sans écran, désactivation des notifications) peuvent faire une grande différence. Quand l'usage est très problématique, un accompagnement thérapeutique est disponible. Notre article écrans et santé mentale explore ce sujet plus en détail.
Signes qui méritent attention
- Vous passez plus de temps sur les écrans que vous ne le souhaitez, sans pouvoir vous en empêcher
- Vous consultez votre téléphone de façon automatique, sans raison précise
- Vous vous sentez irritable ou anxieux(se) sans votre téléphone
- Les écrans empiètent sur votre sommeil, vos relations ou votre travail
- Vous avez essayé de réduire sans y parvenir durablement
Télécharger le livret — Mon rapport aux écrans (PDF)
Jeux d'argent
Le jeu d'argent (courses, casino, paris sportifs, jeux en ligne, grattages) active le système de récompense du cerveau de façon particulièrement puissante. Ce n'est pas le gain lui-même qui crée la dépendance, mais l'incertitude et l'anticipation. Le cerveau est également piégé par des distorsions cognitives : illusion de contrôle, quasi-gain, mémoire sélective des victoires.
Le jeu pathologique suit souvent un cycle : phase de gain → phase de pertes → tentative de "se refaire" → désespoir financier. Le risque suicidaire y est plus élevé que dans d'autres addictions, ce qui en fait une urgence clinique trop souvent ignorée. Une aide concrète et immédiate existe : l'exclusion volontaire auprès de l'Autorité Nationale des Jeux (ANJ) permet de bloquer l'accès aux sites et casinos. En cas de pensées suicidaires, appelez le 3114 sans attendre.
Signes qui méritent attention
- Vous jouez plus d'argent ou plus longtemps que prévu
- Vous retournez jouer pour essayer de récupérer des pertes
- Vous avez menti à des proches sur les sommes dépensées
- Le jeu occupe une grande partie de vos pensées, même quand vous ne jouez pas
- Votre situation financière s'est dégradée à cause du jeu
La honte isole. Parler, même à un professionnel est le premier pas vers la sortie.
Télécharger le livret — Mon rapport aux jeux d'argent (PDF)
Rapport difficile à la nourriture
Les troubles du comportement alimentaire (TCA) (boulimie, hyperphagie boulimique (binge eating)) touchent beaucoup de personnes, souvent en silence et dans la honte. Ils présentent des aspects fortement addictifs : la nourriture peut devenir un moyen de réguler des émotions difficiles (stress, tristesse, anxiété), créant un cycle compulsion → soulagement temporaire → culpabilité → nouvelle crise.
La boulimie s'accompagne de comportements compensatoires (vomissements, laxatifs, restriction sévère). L'hyperphagie boulimique n'en a pas, mais entraîne une grande souffrance. Ces mécanismes ne sont pas un manque de volonté : ils signalent une souffrance profonde. Des accompagnements efficaces existent : TCC, thérapie dialectique comportementale (DBT), suivi nutritionnel spécialisé, et si besoin, traitement médical des troubles associés. Notre article dédié aux troubles du comportement alimentaire développe ce sujet en détail.
Signes qui méritent attention
- Vous avez des épisodes de prise alimentaire rapide et incontrôlable, avec sentiment de honte
- Vous mangez en réponse à des émotions (stress, ennui, tristesse) plutôt qu'à la faim
- Vous alternez restriction sévère et crises alimentaires
- Vous avez des pensées obsessionnelles autour de la nourriture ou de votre corps
- Vous vous cachez pour manger, ou ressentez de la honte après les repas
La honte est souvent ce qui retarde la demande d'aide et pourtant, c'est le premier pas le plus important.
Télécharger le livret — Mon rapport à la nourriture (PDF)
Mon approche thérapeutique
Quelle que soit la nature de l'addiction, mon approche repose sur les mêmes fondements : écoute sans jugement, entretien motivationnel pour explorer votre rapport à votre consommation ou comportement, et outils thérapeutiques adaptés à votre situation.
Selon les cas, je peux mobiliser les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), la thérapie ACT, l'hypnose thérapeutique, ou un traitement médicamenteux si cela est pertinent. L'objectif n'est pas nécessairement l'arrêt complet : c'est vous qui définissez vos objectifs, à votre rythme.
Les rechutes font partie du processus. Elles n'effacent pas les progrès, elles indiquent qu'il y avait une difficulté particulière à ce moment-là, qui mérite d'être explorée.
Pour aller plus loin
- On est foutu, on pense trop ! — Dr Serge Marquis — Pour comprendre le rôle des ruminations dans les comportements addictifs.
- Les thérapies comportementales et cognitives pour les nuls (First Éditions) — Pour comprendre l'approche thérapeutique de référence.
- Votre temps est infini — Fabien Olicard — Utile dans les addictions aux écrans et à la procrastination compulsive.
Retrouvez l'ensemble des ouvrages recommandés dans la bibliothèque du cabinet.
Ressources
- 3114 — Numéro national de prévention du suicide (24h/24, 7j/7, gratuit)
- SAMU : 15 | Pompiers : 18
- Drogues Info Service — drogues-info-service.fr — 0 800 23 13 13 (gratuit, 8h-2h)
- CSAPA — accueil gratuit et confidentiel, sans rendez-vous
- Joueurs Anonymes — joueurs-anonymes.fr
- Addictions France — addictions-france.org
- Télécharger le guide — Autres addictions (PDF)
Ce contenu est un outil d'information et de psychoéducation. Il ne remplace pas une consultation médicale. Si vous vous reconnaissez dans l'une de ces situations, n'hésitez pas à prendre rendez-vous, sans jugement, à votre rythme.