Aider un proche en crise
Être témoin d'une crise psychiatrique chez un proche est une expérience intense et déstabilisante. On ne sait pas toujours quoi faire, quoi dire, quand intervenir et quand reculer. Cette page donne des repères concrets pour les situations les plus fréquentes : crise d'angoisse, épisode dissociatif, crise suicidaire.
Être là sans savoir quoi faire : la situation la plus fréquente
La première fois que son compagnon a fait une crise de panique, Inès a eu peur que ce soit un infarctus. Elle a appelé le 15. Aux urgences, on lui a dit que ce n'était "que" de l'anxiété. Mais personne ne lui a expliqué quoi faire la prochaine fois. Elle est rentrée chez elle sans mode d'emploi.
Cette vignette est fictive et illustrative.
Règle fondamentale : votre sécurité d'abord
Si votre proche est agité physiquement ou si vous ne vous sentez pas en sécurité, appelez le 15 ou le 18 immédiatement. Vous ne pouvez pas aider efficacement si vous êtes vous-même en danger.
1. La crise d'angoisse
Une crise d'angoisse est une montée brutale d'anxiété intense avec des symptômes physiques : palpitations, souffle court, tremblements, sensation d'étouffement. C'est terrifiant pour la personne qui la vit. Mais ce n'est pas dangereux physiquement — ça passe en général en 10 à 20 minutes. Notre article traverser une crise d'angoisse explique ce qui se passe du côté de la personne qui la vit.
Ce qui aide
- Rester calme et présent : votre calme est contagieux. Une voix posée, une présence stable.
- Valider sans dramatiser : "Je suis là, tu es en sécurité, ça va passer." Pas "Calme-toi", ça aggrave.
- Guider la respiration : "Inspire avec moi, 4 secondes... expire 6 secondes..." Faites-le ensemble.
- Proposer un ancrage sensoriel : nommer 5 choses visibles, 4 touchables, 3 sons entendus.
- Ne pas laisser seul : restez jusqu'à ce que la crise soit passée.
Ce qui aggrave
- "Arrête, c'est dans ta tête" : minimise et isole
- "Respire normalement !" sur un ton urgent : augmente la panique
- Forcer à parler pendant la crise : attendez qu'elle soit passée
Quand appeler le 15
Si c'est la première crise et que vous n'êtes pas certain que ce n'est pas cardiaque. Si la personne perd connaissance. Si la crise dure plus de 30 minutes sans diminuer.
2. L'épisode dissociatif
La dissociation est une déconnexion temporaire avec la réalité : la personne semble absente, figée, "ailleurs". C'est fréquent dans le SSPT. Ce n'est pas une psychose.
Ce qui aide
- Parler doucement et lentement : "C'est [votre prénom], je suis là avec toi, tu es en sécurité."
- Ancrage sensoriel doux : proposer un objet à tenir, un verre d'eau froide dans les mains.
- Annoncer tout contact physique : "Je vais poser ma main sur ton épaule." Ne pas toucher sans prévenir.
- Nommer le présent : l'endroit où vous êtes, la date, les sons autour.
- Attendre patiemment : sans poser de questions complexes pendant l'épisode.
Ce qui aggrave
- Hausser le ton ou s'impatienter
- Toucher brusquement
- Interroger sur ce qui s'est passé pendant l'épisode
Quand appeler le 15
Si la personne se blesse. Si l'épisode dure plus d'une heure. Si c'est le premier épisode et que vous ne savez pas ce qui se passe.
3. La crise suicidaire
C'est la situation la plus grave. Pour comprendre ce qu'est une crise suicidaire, notre article dédié donne le contexte clinique. L'intervention rapide est décisive.
Ne jamais ignorer ni minimiser
Si votre proche exprime des idées suicidaires (même indirectement) prenez-les au sérieux. Poser la question directement n'augmente pas le risque — elle peut au contraire soulager.
La question directe
"Est-ce que tu as des pensées de te faire du mal ou de mettre fin à ta vie ?" — cette question n'est pas dangereuse. Elle montre que vous prenez la situation au sérieux.
Ce qui aide
- Écouter sans juger : ne pas essayer de convaincre que "la vie est belle"
- Ne pas laisser seul : restez ou assurez-vous qu'une autre personne prend le relais
- Appeler le 3114 : vous pouvez appeler pour votre proche, pas seulement pour vous-même
- Éloigner discrètement les moyens : médicaments, objets dangereux si possible
- Appeler le 15 ou aller aux urgences si votre proche a un plan précis ou refuse toute aide
Ce qui aggrave
- "Tu n'as pas le droit de faire ça" : culpabilise sans aider
- "Pense à tes enfants / à moi" : augmente la culpabilité et la honte
- Promettre de garder le secret : ne pas promettre quelque chose que vous ne pourrez pas tenir
- Laisser seul après une crise suicidaire
Pour savoir reconnaître les signes avant-coureurs, notre article quand s'inquiéter : signaux d'alerte complète utilement cette lecture.
Après la crise : prendre soin de vous
Être présent pendant une crise est épuisant et parfois traumatisant. Après la crise de votre proche, pensez à vous — appelez quelqu'un, parlez de ce que vous avez vécu, reposez-vous. Si les crises sont répétées, un soutien professionnel pour vous est légitime et nécessaire.
Mon approche
Je reçois des proches qui traversent des situations de crise répétées. Ces consultations permettent de préparer les prochaines crises, de travailler sur l'épuisement de l'aidant, et de mettre en place un plan de crise partagé avec le patient.
La première consultation n'engage à rien, elle permet d'évaluer ensemble votre situation et de construire un chemin qui vous ressemble.
Pour aller plus loin
Aucun ouvrage de la bibliothèque du cabinet ne porte directement sur ce sujet. Retrouvez l'ensemble des ouvrages recommandés dans la bibliothèque du cabinet.
Ressources
- 3114 — Numéro national de prévention du suicide (24h/24, 7j/7, gratuit)
- SAMU : 15 | Pompiers : 18
- UNAFAM — unafam.org
- Psycom — psycom.org
- Télécharger le guide — Situations de crise (PDF)
- → EMPE — Équipe Mobile Précarité Exclusion Sud Manche (flyer PDF)
- → EMPPA — Équipe Mobile de Psychiatrie de la Personne Âgée (flyer PDF)
Ce contenu est un outil d'information. Il ne remplace pas une consultation médicale.