Quand le proche refuse les soins
C'est l'une des situations les plus épuisantes pour les proches : voir quelqu'un souffrir, savoir qu'une aide existe, et se heurter à un refus. Le déni du trouble, le refus de consulter, l'arrêt du traitement, ces situations sont fréquentes et douloureuses. Cette page donne des repères pour y faire face sans s'y perdre.
Pourquoi un proche peut refuser les soins
Depuis deux ans, chaque conversation entre Isabelle et son fils finit au même endroit : lui qui dit qu'il n'a pas besoin de médecin, elle qui insiste, lui qui raccroche. Elle pensait qu'insister plus fort finirait par fonctionner. Son médecin lui a expliqué pourquoi ce n'est pas le cas — et ce qui fonctionne mieux.
Cette vignette est fictive et illustrative.
Le refus de soins n'est pas toujours de la mauvaise volonté. Il a souvent des raisons profondes :
- L'anosognosie : certains troubles psychiatriques altèrent la capacité à reconnaître qu'on est malade. Ce n'est pas du déni conscient, c'est un symptôme du trouble lui-même, particulièrement fréquent dans la schizophrénie et certains épisodes maniaques
- La honte et la stigmatisation : consulter un psychiatre, c'est "admettre" qu'on est "fou". La peur du regard social est un frein réel
- Les expériences négatives passées : une mauvaise expérience avec un soignant, des effets indésirables mal gérés, un sentiment de ne pas avoir été entendu
- La peur du traitement : peur de "devenir dépendant", de "changer de personnalité", de perdre le contrôle
- L'ambivalence : une partie veut aller mieux, une partie résiste au changement
- Les effets du trouble lui-même : la dépression enlève l'énergie de chercher de l'aide, la manie convainc qu'on va très bien
Ce qui ne fonctionne pas
- Forcer, supplier, menacer : augmente la résistance et abîme la relation
- Argumenter de façon répétée : "tu devrais consulter" dix fois ne produit pas plus d'effet que la première fois
- Présenter des informations médicales en mode conférence : "j'ai lu que ton trouble se traite très bien avec..." est rarement bien reçu
- Faire à la place : prendre les rendez-vous sans accord, appeler le médecin dans le dos, gérer les médicaments en secret
- Ultimatums non suivis d'effets : si vous posez une condition et ne la tenez pas, la crédibilité diminue
Ce qui peut aider
Maintenir la relation avant tout
Une relation de confiance intacte est la meilleure base pour que les soins deviennent un jour possibles. Si vous devenez principalement "celui/celle qui pousse à consulter", la relation se dégrade et les soins s'éloignent encore plus.
Parler des symptômes, pas du diagnostic
"Je te vois moins dormir depuis quelques semaines, ça m'inquiète" plutôt que "tu es dépressif, tu dois consulter." Partir de l'observation concrète et de votre inquiétude, pas du diagnostic. Les outils de la CNV peuvent vous aider à formuler ces observations sans provoquer de défenses.
Proposer une consultation "pour vous"
Parfois, proposer de consulter "pour voir", "juste une fois", "pour me rassurer" est plus acceptable qu'un rendez-vous psychiatrique présenté comme nécessaire. Une consultation peut en amener une autre.
Laisser le choix
"Je pense que ça pourrait t'aider. C'est toi qui décides." Respecter l'autonomie, même quand ça fait mal, préserve la relation et évite la confrontation stérile. Les droits des patients incluent celui de refuser les soins — en dehors des situations d'urgence.
Appeler le 3114 pour vous
Le 3114 n'est pas uniquement pour les personnes en crise — les proches peuvent appeler pour obtenir des conseils sur comment accompagner quelqu'un qui refuse les soins. C'est une ressource sous-utilisée.
Le cas particulier de l'arrêt du traitement
Quand un proche arrête son traitement de façon brutale, surtout pour les traitements stabilisateurs de l'humeur ou antipsychotiques, le risque de rechute est réel. Signalez-le à son médecin si vous en avez la possibilité et son accord. Si la situation se dégrade rapidement, contactez le 15 ou le 3114.
Quand la situation devient urgente
Le refus de soins devient une urgence médicale quand il existe un risque pour la vie : idées suicidaires actives, refus de s'alimenter, état de délire avec danger pour soi ou autrui. Dans ces situations, l'hospitalisation sous contrainte peut être envisagée. Contactez le 15 — c'est leur rôle d'évaluer.
Prendre soin de vous pendant ce temps
Vous ne pouvez pas forcer quelqu'un à se soigner. Vous pouvez être présent, exprimer votre inquiétude, maintenir la relation et vous occuper de vous. Votre santé mentale compte, même quand votre proche refuse de prendre soin de la sienne. Notre article soutenir sans s'épuiser développe ce point.
Mon approche
Je reçois régulièrement des proches épuisés par le refus de soins de leur proche. Ces consultations permettent de réfléchir ensemble à ce qui peut être fait et à ce qui ne dépend pas de vous.
La première consultation n'engage à rien, elle permet d'évaluer ensemble votre situation et de construire un chemin qui vous ressemble.
Pour aller plus loin
- Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) — Marshall B. Rosenberg — Pour apprendre à exprimer son inquiétude sans pression ni accusation, une compétence essentielle face au refus de soins.
Retrouvez l'ensemble des ouvrages recommandés dans la bibliothèque du cabinet.
Ressources
- 3114 — Numéro national de prévention du suicide, disponible aussi pour les proches (24h/24, gratuit)
- SAMU : 15 | Pompiers : 18
- UNAFAM — unafam.org
- Psycom — psycom.org
- Télécharger le guide — Couple, relation au quotidien et refus de soins (PDF)
Ce contenu est un outil d'information. Il ne remplace pas une consultation médicale.